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Regards d'Haïti

Dans ces pages, des Haïtiens (en Haïti ou ailleurs dans le monde) nous parlent de Haïti; des personnes (qui ne sont pas toutes haïtiennes) vivant, travaillant ou oeuvrant là-bas, ou tout simplement amies d'Haïti, nous parlent aussi du pays, de son histoire, de son courage, des perspectives. Réfutant la notion de "terre damnée", de "fatalité", ces pages invitent à se rapprocher d'un pays, d'une population et d'une culture dont on ne saurait réduire la perception au séisme du 12 janvier 2010, aussi terrible soit-il.


Facebook: en soutien à notre professeur Jean-Marie Théodat
"Si je ne rentre pas à Port-au-Prince qui le fera?"
C'est en soutien à Jean-Marie Théodat, maître de conférences en géographie à l'Université Paris I, qui a décidé de retourner en Haïti, que ce groupe s'est créé. "L'association des étudiants en Géographie de Paris 1 l'Oekoumène s'associe à la douleur de notre professeur et à travers lui à celle de tout le peuple haïtien". Tout le contenu est public.

Les deux grands quotidiens haïtiens, Le Quotidien et Le Matin, ont payé de lourds tributs au séisme: des journalistes sont morts, les bâtiments ont souffert des dommages importants. Le Nouvelliste a rapidement repris des publications en ligne sur son site internet. Il est vital aujourd'hui de soutenir la presse haitienne. Un réflexe à prendre: consulter chaque jour la une des deux principaux quotidiens de Haïti qui continuent de paraître en ligne: Le Matin et Le Nouvelliste. Jour après jour, l’actualité du pays, les réalités concrètes auxquelles sont confrontées les Haïtiens, leurs réactions, leurs émotions, leurs peines et leurs espoirs. Des articles percutants, des textes d’une très grande force, écrits dans une langue admirable. Nous donnons ci-dessous quelques résumés et extraits, pour vous inviter à découvrir les textes intégraux, et bien d’autres encore, directement sur leurs sites respectifs.

11/02/10 - Haïti: trente jours déjà (Le Nouvelliste)
"Cela fait presque trente jours que c'est arrivé.
Je viens de reprendre mon cahier et devant cette page blanche je ne sais ou commencer.
La terre qui tremble, cette terreur sans nom, l'impensable a osé frapper à notre porte..."
Christina Guérin revient sur le séisme, sur ce jour où, séjournant en République dominicaine, elle a senti la terre trembler, elle a eu peur, tenant les mains de sa fille, sans pour autant pouvoir mesurer ce qui venait de se passer: "Pas une seconde je n'ai pensé qu'avec cette secousse, et à ce moment précis ma ville était entrain de s'effondrer entrainant avec elle des milliers de morts dans son sillage. Je ne saurais imaginer qu'à ce moment même nos vies étaient entrain de basculer à tout jamais."
Elle n’a pas connu l’horreur en direct, cette folle angoisse qui étreignait les survivants à Port-au-Prince: "je n'ai pas traversé des corps ensanglantés en courant pendant des kilomètres pour me rendre chez moi chercher mes enfants...priant qu'ils soient vivants."
Elle est retournée dans son pays, "pour faire partir les miens, pour constater, pour travailler", au milieu "de ces énormes tombeaux de béton que sont devenus les bâtiments de la ville".
"Tout a basculé ce 12 Janvier 2010.
A partir de ce jour la mort ne nous fera plus peur. Elle nous a trop pris, nous rappelant de la manière forte que nous ne sommes que de passage."
"Je ne sais ou commencer ni comment recommencer.
Recommencer mon histoire et celle de ma ville.
Recommencer à vivre en dépit de tout.
Vivre sans comprendre pourquoi moi, j'ai été épargnée.
Trouver l'espoir et une raison de continuer."
(…)
"Dans cette ville qui ne peut pas sombrer, tout est à recommencer."
Lire absolument l’intégralité de ce texte magnifique http://www.lenouvelliste.com/articles.print/1/78247


11/01/10 - Ces enfants qui deviennent des marchandises (Courrier International, article extrait d'un article paru dans Le Matin, de Port-au-Prince)
Un article de Patrice Dumont.
"Le récent scandale entourant des cas d'adoption illégaux rappelle que, face à la misère, de nombreux parents sont prêts à abandonner leur progéniture pour lui assurer un avenir décent.
Le mot d’ordre des Haïtiens est de survivre. La très grande majorité des habitants, aux corps et aux esprits taraudés par la misère, ne lèvent les yeux vers le ciel que pour implorer la miséricorde divine ou interpréter les mouvements des nuages en vue d’anticiper les pluies jamais bienvenues en ville. D’autant plus depuis le séisme qui a mis tout le monde ou presque dans la rue." Lire la suite

10/02/10 - La difficile obtention d'un passeport (Courrier International)
Depuis le séisme du 12 janvier dernier, beaucoup d'Haïtiens cherchent une terre d'accueil plus clémente.
Cette brève renvoie vers:
Fatigués et désespérés (Le Nouvelliste)
Un article d'Amos Cincir
Plusieurs centaines de personnes énervées ont exprimé l'immense sentiment de honte qui remplit leur âme et leur coeur d'être humain, en faisant la queue devant le bureau du service d'Immigration et d'émigration haitienne pour renouveler ou réccupérer leur passeport égaré au cours du seisme du 12 janvier. Lire la suite

04/02/10 - Edition spéciale Haïti (Courrier international)
Courrier International du 4 au 10 février.
Un dossier spécial rédigé avec des journalistes de la presse haïtienne
Des textes exclusifs disponibles également sur Internet:
http://www.courrierinternational.com/

02/02/10 - Lettre de Port-au-Prince: Tout d'abord, ne plus nuire (Les Blogs du Monde diplomatique)
Avec son organisation Zanmi Lasanté (PIH), le docteur Paul Farmer — dont "Le Monde diplomatique" publie régulièrement les écrits — opère depuis 1985 à Cange, sur le plateau central d’Haïti, où il a ouvert une clinique qui fait figure de modèle dans l’accès des pauvres aux soins de santé. Dans cette lettre, écrite avec ses collègues Claire Pierre et Louise Ivers une semaine après le séisme, il livre des préconisations pour éviter que la reconstruction ne fasse plus de mal que de bien.
Extraits:
"Où que l’on regarde, on voit des Haïtiens se secourant les uns les autres. Même si l’on a rapporté des violences, c’est bien une impression globale de calme qui frappe la plupart d’entre nous. Après avoir apporté du matériel chirurgical à l’hôpital général, Bill Clinton estimait ainsi qu’aucun autre peuple au monde aurait fait preuve d’autant de patience et de retenue face à des souffrances si grandes."
"Le Rwanda pourrait offrir à Haïti un modèle de rétablissement."
"Ceux qui veulent aider tout de suite seraient bien avisés de réfléchir avant d’envoyer des dons en nature."
"En tant que médecins travaillant en Haïti, nous savons que le pays tout entier risque la destruction si, les uns et les autres, nous ne l’aidons pas à se reconstruire à la façon dont les Haïtiens eux-mêmes l’entendent."

29/01/10 - Dead End à Port-au-Prince: un cinéaste retourne chez lui (Libération)
Raoul Peck, ancien ministre haïtien de la culture, réalisateur et directeur de la Femis, est retourné à Port-au-Prince, fin janvier. Il décrit la ville métamorphosée, des camps de réfugiés partout, du provisoire qui se transforme déjà en définitif. Il s’inquiète de l’Etat défaillant, la première priorité de l’aide internationale n’aurait-elle pas dû être de donner au gouvernement les moyens qui lui permettraient de réagir, de communiquer, de diriger?. Les média, les journalistes ont investi la ville, dit-il,  et  incapables de saisir une réalité infiniment complexe,  ils préfèrent aborder les sujets par le petit bout de la lorgnette, s’intéressant par exemple aux orphelins en cours d’adoption.
Extrait:
"Ce qui m’effraie tous les jours c’est le naturel avec lequel cette population s’adapte (je ne dis pas 'accepte') à l’adversité, aux errements de ses dirigeants, à l’histoire, à l’ingratitude du monde (oui, ce n’est pas trop fort. Ce pays a donné beaucoup à ce monde. Révisez votre histoire).
Un jour, il faudra bien qu’il se relève. Un pays ne meurt pas. Ce jour-là, pour sûr, tout sera plus simple. Délibéré."

Le Nouvelliste en Haïti - Nouvelles d'Haïti
Lu sur le site de ce journal haïtien qui continue de paraître en ligne
Daniel Derivois (Franco-haïtien. Psychologue clinicien, Maître de conférences en psychologie interculturelle, Université de Lyon)
Haïti: l'aide psychologique nécessaire (25 janvier 2010)
Extraits:
"Haïti: Parmi les dimensions de l'aide à apporter à Haïti (alimentaire, sanitaire, économique, infrastructure, etc.), dans le cadre du désastre du 12 Janvier 2010, le soutien psychologique est essentiel… "
"Il va sans dire qu'il faut aider les survivants 'en bonne santé', les blessés, les amputés et les déplacés à élaborer leurs traumatismes. C'est un travail de longue haleine qui va s'étendre sur plusieurs générations. Il nécessite de penser aux résonances de l'événement du 12 janvier avec d'autres événements de catastrophes naturelles qui se sont survenues ces dernières années en Haïti…"
"Manifestement l'aide humanitaire est pensée 'pour le bien' des victimes. Cependant, cette intention ne suffit pas pour qu'elle atteigne son objectif. L'aide humanitaire peut être une source insidieuse de maltraitance."

Le Monde Magazine (23 janvier 2010)
Lyonel Trouillot, "La mort est montée de la terre"
L'écrivain haïtien Lyonel Trouillot (prix Wepler 2009 pour son roman "Yanvalou pour Charlie" chez Actes Sud), sur place pendant le séisme, salue le courage et l'intelligence du peuple Haïtien.
Extraits
"Comme tous ceux qui se trouvaient à Port-au-Prince le 12 janvier 2010 et s'étonnent de pouvoir encore parler, bouger, pleurer, sourire, je connais désormais le sens du mot "survivant" ... La mort est montée de la terre, et à chaque secousse l'angoisse vient s'ajouter à la désolation."
"Si l'on veut parler des causes des malheurs sociaux d'Haïti, qu'on en parle, mais alors sérieusement : causes internes et externes, ancien et nouvel ordre mondial, obstacles à la construction d'un État démocratique, aliénation culturelle des élites, dépendance des institutions et du capital locaux vis-à-vis des institutions et du capital étranger ..."
"Quand une ville s'écroule (plusieurs villes: il y a aussi Jacmel, Léogane, Petit-Goâve ...), quel pays dispose d'un héroïsme prêt-à-porter?"
"La population s'est montrée d'une intelligence tactique qui pourrait surprendre qui se laisserait tromper par son faible niveau d'éducation formelle."
Ce texte est accompagné de photos, à voir sur le site du Monde

Haïti: l’énergie du désespoir - Un dossier dans Courrier International (21-27 janvier 2010, n. 1003)
Sommaire:
Philippe Thureau-Dangin, L’obscénité autour de la souffrance (éditorial)
Louis-Philippe Dalembert (écrivain haïtien), Au milieu du chaos, la dignité
Extrait: "Comment raconter l’inénarrable? Comment dire ces cadavres d’enfants et d’adultes, de jeunes et de vieux, d’hommes et de femmes qui jonchent les rues?… Un jeune homme croisé dans la rue nous dit, un sourire effaré au coin des lèvres, 'Je n’ai perdu que ma sœur et mon premier fils'. Pour cette fille, ce sont 'seulement' cinq tantes…
Harold Isaac, Restons maîtres de notre destinée (éditorial, Radio Kiskeya, Port-au-Prince)
Peter Hallward, Une catastrophe pas très naturelle (The Guardian, Londres)
Extrait: "Tout en envoyant des secours, nous devons nous demander ce que nous pouvons faire pour aider le peuple et les pouvoirs publics haïtiens à accéder à une plus grande autonomie".
William Ospina, Dans le bearceau de la démocratie (El Espectador, Bogotá)
Extrait: "Les calamités naturelles sont plus graves lorsque les peuples sont abandonnés et désemparés, incapables de s’unir et de résister. Haïti a besoin d’une solidarité continentale inédite: l’art du vivre-ensemble, l’intelligence des sages, les prouesses des techniciens, la sensibilité des artistes et le génie des inventeurs."
Mathieu Perreault, Notre amère nature (La Presse, Montréal)
Tracy Kidder, Miser sur le peuple haïtien (The New York Times, New York)
Extrait: "Si les séismes sont des catastrophes naturelles, la terrible vulnérabilité du pays est, elle, humaine… on trouve aussi en Haïti des organisations humanitaires efficaces… Partners in Health (Zanmi Lasanté, en créole haïtien) est le plus grand prestataire de santé dans les communes rurales du pays. Dans le sillage du cataclysme, Partners in Health est peut-être le principal prestataire de santé toujours opérationnel en Haïti. Ce sont des programmes comme celui-ci qui pourraient permettre au pays de reconstruire…"
Akiva Eldar, Vu d’Israël: Gaza, vous connaissez? (Ha’Aretz, Tel-Aviv)
Berthony Dupont, Ne soyons plus un peuple objet (Haïti Liberté, New York)
Matthew B. Avison, Prochain péril: les épidémies (The Independent, Londres)
Luis Alberto Moreno, Ce que nous avons appris au Salvador et en Colombie (El Tiempo, Bogotá)
Helene Cooper et Mark Landler, Les Etats-Unis sont là pour longtemps (The New York Times, New York)
A consulter également: un dossier sur Courrierinternational.com

Télérama (20 janvier 2010)
Thierry Leclère, "La malédiction des poncifs"
Un petit texte qui rappelle l'histoire d'Haïti, le rachat à la France de son indépendance afin, dans l'esprit de Charles X, de "dédommager" les anciens colons. Puis l'instabilité politique.
"Haïti ressemble encore aujourd'hui à un pays d'apartheid social où les questions de classe et de couleur de peau sont imbriquées. "Le mulâtre pauvre est noir, le riche noir est mulâtre"  dit un proverbe haïtien."
"Aimer Haïti, c'est résister aux clichés qui l'assaillent depuis toujours. À 7000 kilomètres de Port-au-Prince, alors que la polémique sur l'aide humanitaire - on la devine montante, ce vendredi au moment où nous bouclons - va succéder à l'émotion, il nous reste notre impuissance et des bibliothèques magnifiques qu'aucun tremblement de terre n'arrivera à ébranler. Frankétienne, Lyonel Trouillot, Dany Laferrière et tant d'autres, unis à nous par la magie du français et du créole. Qui continueront de nous bouleverser en contant l'humanité crue de ce peuple essaimé aux quatre vents du monde, et la complexité de cette île dénudée qui s'est fracassée le jour où d'anciens esclaves ont rêvé d'universalisme."

Libération (19 janvier 2010)
Cahiers spécial "Je t'écris Haïti" consultable en ligne.

Le Monde (16 janvier 2010)
Haïti: le témoignage bouleversant de Dany Lafferière (auteur haïtien)
Extrait:
"Il faut cesser d'employer ce terme de malédiction. C'est un mot insultant qui sous-entend qu'Haïti a fait quelque chose de mal et qu'il le paye.
C'est un mot qui ne veut rien dire scientifiquement. On a subi des cyclones, pour des raisons précises, il n'y a pas eu de tremblement de terre d'une telle magnitude depuis deux cents ans. Si c'était une malédiction, alors il faudrait dire aussi que la Californie ou le Japon sont maudits. Passe encore que des télévangélistes américains prétendent que les Haïtiens ont passé un pacte avec le diable, mais pas les médias… Ils feraient mieux de parler de cette énergie incroyable que j'ai vue, de ces hommes et de ces femmes qui, avec courage et dignité, s'entraident. Bien que la ville soit en partie détruite et que l'Etat soit décapité, les gens restent, travaillent et vivent. Alors de grâce, cessez d'employer le terme de malédiction, Haïti n'a rien fait, ne paye rien, c'est une catastrophe qui pourrait arriver n'importe où."

A suivre aussi: la page Aider la population haïtienne (quelques recoupements entre les deux pages)

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