Trois témoignages sur ERF
Enfants en recherche de famille:
Vous trouverez ci-dessous trois témoignages

Dans cette page :



Un suivi médical spécifique

Nous sommes les parents de deux enfants biologiques, Emilien (10 ans), Bertille (8 ans) et de Mariette (5 ans), adoptée au Congo en 2003.
L’adoption de Mariette nous a été proposée par ERF car les sœurs, responsables du Centre Béthanie à Brazzaville, cherchaient une famille pour une petite fille de dix mois atteinte de drépanocytose.
Après un temps de réflexion et de recherche sur la maladie, nous avons donné notre accord pour cette adoption.
Dès son arrivée, Mariette a été prise en charge à l’hôpital d’enfants du CHU de Dijon par le Dr de Monléon, dans le cadre de sa consultation Adoption Outre-mer ainsi que par le service d’hématologie.
À cette époque, nous avions déjà collecté de nombreuses informations sur la drépanocytose. Cette maladie de l’hémoglobine peut être la cause d’une anémie mais aussi de crises très douloureuses que la morphine est souvent seule à pouvoir soulager.
Pour limiter les risques de crises, il faut toujours être très bien hydraté, avoir une alimentation équilibrée, éviter la fièvre et les infections, les changements brutaux de température, l’altitude, les efforts trop violents… Cette prévention, qui fait maintenant partie de notre quotidien, est très importante. Associée à l’antibiothérapie, elle permet d’améliorer grandement la vie des malades drépanocytaires.
À son arrivée, Mariette semblait en pleine forme bien que légèrement dénutrie. Les médecins ont immédiatement mis en œuvre un calendrier vaccinal très large pour la protéger contre toutes les maladies susceptibles de déclencher une crise. Elle a commencé à prendre des antibiotiques quotidiennement et nous avons pris l’habitude de la faire boire régulièrement.

Quelques mois plus tard, Mariette a été accueillie chez une assistante maternelle agréée et s’y est adaptée sans difficulté. Tout s’est très bien déroulé jusqu’au jour où la grippe s’est invitée chez nous pendant les fêtes. Mariette, qui n’avait pas encore pu être vaccinée, a commencé à avoir de la fièvre. Quelques jours plus tard, la fièvre était toujours élevée et elle semblait abattue. Lorsque nous nous sommes aperçu que ses mains étaient douloureuses, nous avons tout de suite compris ce qui se passait. À l’hôpital, Mariette a été mise sous antalgique puis morphine car la douleur s’était étendue aux quatre membres. Après être restée plusieurs jours complètement inerte, elle a été transfusée et est revenue à la vie. Nous avons eu très peur mais après dix jours d’hôpital, tout est rentré dans l’ordre.

Cette année 2004 ne devait pas être la meilleure car Mariette a été hospitalisée, chaque mois, d’août à novembre dont 2 fois à cause d’une fièvre due tout d’abord à une angine puis à une otite. Dans ces cas-là, Mariette est perfusée pour assurer une bonne hydratation et pour lui administrer des antibiotiques. La crise est évitée et elle sort au bout de quatre à cinq jours. En septembre, nous avons été confrontés à un type particulier de crise. Un soir, Mariette ne pouvait plus se mettre debout et marcher. Nous avons filé aux urgences, la douleur a été localisée au niveau de la hanche droite, et la scintigraphie a révélé une ostéonécrose à la tête du fémur droit. Mariette a alors été placée en traction pour quinze jours et nous étions très inquiets car nous savons que chez les drépanocytaires, les lésions osseuses peuvent être importantes et lourdes de conséquences. Mais au bout de quinze jours, elle a pu quitter l’hôpital en marchant. Elle a été suivie par l’orthopédiste avec une radio tous les six mois pendant deux ans. La dernière a montré qu’il n’y avait plus de traces sur la hanche, les visites vont donc s’espacer.
Depuis 2005, Mariette a eu la chance de ne connaître qu’une brève hospitalisation chaque année suite à une fièvre persistante ou à des douleurs, mais ça n’a jamais dégénéré.

En septembre 2005, elle a fait son entrée à l’école, progressivement jusqu’au temps complet en grande section. Cela a nécessité la mise en place d’un PAI (Protocole d’Accueil Individualisé) pour qu’elle puisse boire en classe et que la maîtresse soit au courant de quelques règles à respecter en cas de chute ou de signes susceptibles d’annoncer une crise.
Depuis, elle a participé à une classe découverte de trois jours avec une adaptation de son PAI pour l’administration de ses médicaments et tout s’est bien passé.

Mariette fait maintenant du judo. Là aussi, il faut veiller à ce qu’elle boive et être vigilant mais çela se passe bien. Cet été, elle a fréquenté le centre de loisirs et la cantine. Cela s’est préparé en même temps que le PAI pour l’école. Nous n’avons pas rencontré de difficultés particulières mais il faut toujours être attentif et vérifier qu’on lui a bien donné à boire. Chaque fois que nous la confions à des tiers, nous devons insister sur l’importance que cela revêt pour elle car quand on la voit, on ne pense pas qu’elle est malade. Elle mène une vie normale pour une petite fille de cinq ans. Nous veillons seulement à ne pas trop la fatiguer en lui évitant de fréquenter la cantine tous les jours, par exemple.
Au plan médical, elle prend toujours ses antibiotiques chaque jour et nous nous rendons tous les six mois à une consultation à l’hôpital. Elle doit prochainement subir une petite intervention chirurgicale qui sera probablement pratiquée dans un hôpital parisien car les médecins y sont plus qu’ailleurs habitués à traiter des drépanocytaires pour lesquels l’anesthésie doit être entourée de plus de précautions.
Bernard et Sylvie


Vous avez dit à particularité ?

2000 en Haïti : je m’appelle Daniella et je suis la petite dernière d’une famille de six enfants.

2002
: la vie est dure en Haïti, je souffre particulièrement de malnutrition, mes parents ne peuvent plus subvenir aux besoins de toute la famille, et pour me sauver, me confient à un orphelinat.
Je vais être adoptée par une famille française, en même temps qu’un petit garçon dont la sœur est décédée, c’est particulier comme fratrie.

2003
: j’obtiens la nationalité française lors de mon adoption plénière.

2004
: j’arrive mais je ne trouve pas ma place dans cette famille. Mes parents adoptifs demandent de l’aide aux services sociaux. Je ne vais pas particulièrement bien, et je suis placée tous les week-ends dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance. Tout va très vite et je reste tout le temps au foyer.

2005
: le juge délivre un certificat d’abandon. Ma particularité : je suis de nouveau orpheline et désormais pupille de l’État.

2006
: je me reconstruis et je manifeste le désir de vivre en famille. Les services sociaux me trouvent une nouvelle famille : une maman, un papa, deux grands frères d’origine coréenne et éthiopienne, un chien, une tortue et une grande maison. Sur le papier, ça l’fait !
La particularité : mon papa a les cheveux « orange » (lui, il dit « roux »…)

Été 2006
: je quitte définitivement le foyer pour habiter avec ma nouvelle famille. Nous sommes maintenant cinq, comme les doigts de la main. Tout va bien, il y avait de la place pour moi et je crois que j’ai de la place pour eux.

Automne 2006
: le ciel est bleu, la vie est particulièrement belle et je rentre au CP. Bien sûr, il y a quelques bagarres avec mes frangins, mais c’est un jeu parmi tant d’autres.

Noël 2006
: il y a cinq paires de chaussures au pied du sapin. Tout va bien, le père Noël est annoncé pour la nuit du 24 au 25 décembre.
J’attends avec impatience un événement un peu particulier… repasser devant le juge pour porter le nom de ma nouvelle famille.
Ma particularité…… exister !


Et si c’était à refaire …

Mille fois oui ! Nous recommencerions ! Nous pensions qu’il y aurait des passages à vide mais nous ne projetions pas les difficultés là où elles se situent aujourd’hui.
Notre fils est âgé de 3 ans, nous l’avons accueilli à 5 mois et demi, il avait des problèmes médicaux. Il a passé 4 mois à l’hôpital où il a bénéficié d’une prise en charge exemplaire,
Cependant, il a dû passer de longs moments à attendre une présence physique et des réponses à ses pleurs. C’était bien dans les relations avec les médecins et hôpitaux que nous projetions les difficultés. Eh bien, non ! Sacha, malgré les « rafistolages » subis va très bien, mais il est tellement insécurisé qu’il peut mettre la maison en pagaille avec ses angoisses et les résonances qu’elles ont sur ses deux frères aînés et nous, ses parents. Aujourd’hui, quand il stresse parce que la journée est différente de la veille, il défierait n’importe qui et quelquefois après une journée de travail, nos disponibilités sont moindres et la colère peut prendre le dessus. Mais il y a tant de moments où nous partageons de réels échanges que nous le referions sans hésiter.

Valéry et Karine