Mai 2007 : le paysage de l'adoption en France
Communiqué

Entre promesses imprudentes et attentes exacerbées : un paysage peu lisible dans un contexte difficile

Sur l’Agence Française de l’Adoption

EFA a été, et reste, un relais vigilant des difficultés rencontrées par les familles depuis la création de l’AFA. Quelques exemples concrets : EFA fait remonter les difficultés de mise en place des correspondants, apportant des exemples concrets de non-réponses, tentatives de dissuasion, etc..

EFA a fait remonter les retours sur le standard téléphonique de l’AFA : informations contradictoires, question de la lettre de motivation/présentation. Nous comptons faire de même avec la MAI, où des familles ont aussi des difficultés à avoir des informations.

EFA a obtenu des clarifications sur la possibilité d’engager plusieurs dossiers (sauf pour la Chine qui demande l’exclusivité).

EFA a demandé et obtenu des explications sur la façon dont les dossiers ont été retenus pour le Vietnam.

EFA a insisté pour qu’il y ait une répartition géographique pour la petite trentaine de pré-dossiers pour le Cambodge (5 pour Paris, 24 pour la province, un pour les DOM-TOM). EFA a alerté sur le fait que le 22 mai (jour de l’envoi) était férié en Guadeloupe et Martinique, et donc fait la liaison entre nos deux AD et l’AFA pour que les dossiers postés le 21 mai puissent être pris en compte. Sur le Cambodge : ce nombre peu élevé de dossiers pour 2007 se doublera d’un nombre tout aussi restreint de dossiers qui devraient être traités par un OAA (Amis des Enfants du Monde) ; il correspond à une réalité du terrain que nous avons mesurée lors de notre mission et qui est confirmée par le rapport d’une ONG.

EFA a insisté auprès de l’AFA sur la nécessité d’obtenir des informations sur les enfants adoptables (âge, santé, etc.) et des clarifications sur les coûts.

La place de l’AFA dans le paysage de l’adoption

La logique a été politique plutôt que technique : démarrage (trop ?) rapide de l’AFA dans l’espoir d’engranger des résultats exploitables électoralement ? Là encore, responsabilité des politiques.

Il semble qu’il n’y ait pas eu de réelle collaboration/harmonisation entre les deux instances AFA/MAI – l’Etat porte là une lourde responsabilité. Plus grave : nos responsables ne semblent pas avoir anticipé sur la réaction des pays d’origine face à cette modification du paysage de l’adoption en France. Ils ont cru que les pays d’origine se « contenteraient » d’un simple changement d’adresse (hier la MAI, aujourd’hui l’AFA). Or les pays d’origine ont demandé à connaître l’AFA, à comprendre ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas, comment elle s’inscrit dans le paysage par rapport aux OAA français, par rapport aux agences des autres pays d’accueil. Visiblement, certains pays ne sont pas convaincus par une « agence » qui ne pré-sélectionne pas les dossiers en fonction des besoins des pays (ça n’a pas été voulu par le groupe de travail qui a préparé la maquette et les statuts de l’AFA), qui n’assure pas d’accompagnement ou de suivi réel après l’arrivée de l’enfant (EFA avait souligné en son temps le risque qu’un simple « suivi » administratif ne soit qu’un trompe-l’œil).

Le paysage français donne l’impression d’être éclaté. Si un pays d’origine recherche des familles pour des enfants (par exemple des enfants grands, handicapés, en fratrie), la logique veut que l’Autorité centrale française soit informée, que cette information soit relayée auprès de tous (AFA, MAI, OAA, associations de familles adoptives), qu’elle soit visible et lisible. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Enfin, on a ignoré les signaux qui montrent que l’adoption internationale est en train d’évoluer, de ralentir et/ou de changer de nature. Il suffit d’aller voir les sites officiels d’autres pays (dont le Québec, qui ne permet aux familles d’adopter que dans une dizaine de pays), de suivre l’actualité internationale de l’adoption internationale (annonce de la vice-présidente du gouvernement espagnol prévenant les familles que le nombre d’adoptions baisseraient sans doute l’année prochaine : où sont les politiques qui ont le courage de parler vrai ici, de nous traiter en adultes ?).

Adoption internationale et adoption nationale

Nous pouvons estimer qu’il y a encore beaucoup trop d’enfants interdits d’enfance, ailleurs, certes, mais aussi ici. D’ici ou d’ailleurs, ils se ressemblent... et ils attendent : grands, malades, en fratrie, ou d’une ethnie minoritaire. Quels parents pour eux ?

Ceux d’ici n’intéressent pas, semble-t-il, ceux qui manifestent leur colère en ce moment, y compris certaines personnalités, quelques journalistes (pas tous heureusement), qui ferment les yeux et les oreilles quand Enfance et Familles d’Adoption alerte sur la détresse des enfants oubliés ici aussi (deux numéros de notre revue, une vaste campagne d’information auprès de tous les députés, tous les sénateurs, tous les présidents de conseils généraux). Ce n’est pas en montrant du doigt les enfants de certains pays, en exigeant qu’on nous les confie qu’on aidera à sensibiliser sur le droit des enfants à grandir dans une famille. Les pays concernés pourront nous rétorquer qu’on ferait bien de balayer devant notre porte !

En résumé :

Les espoirs et les attentes de milliers de personnes ont été instrumentalisées par nos politiques. Aujourd’hui la colère se reporte sur l’AFA. Mais les autres instances (Autorité centrale, MAI) ont aussi leur responsabilité, de même que nos politiques. Un bilan des erreurs est urgent, et une réflexion commune doit s’engager, car les problèmes sont plus profonds et structurels que conjoncturels.

Enfance et Familles d’Adoption